L’élite politique française ne s’est pas particulièrement distinguée dans le contexte de l’affaire des assistants parlementaires européens, le Rassemblement National (RN) étant en première ligne.

Il convient de rappeler que l’État de droit doit être respecté de manière inconditionnelle, préserver la présomption d’innocence étant essentiel. Suite à la condamnation de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics par la cour d’appel de Paris, elle a immédiatement annoncé son intention de former un pourvoi en cassation, indépendamment des risques juridiques encourus. Ce qui suggère qu’elle demeure présumée innocente. Cependant, cette position n’a pas empêché certains politiciens de gauche, comme Boris Vallaud, président du groupe PS à l’Assemblée nationale, ainsi que plusieurs députés écologistes, de la qualifier de « délinquante ».

L’attitude adoptée par Marine Le Pen et ses proches peut être analysée comme une manifestation de mauvaise foi. La leader du RN semble aujourd’hui dans une dynamique où elle devient l’arroseur arrosé, illustrant le problème de ceux qui se positionnent comme moralistes ou donneurs de leçons, tout en agissant de manière discutable. Historiquement, le terme « Mains propres et tête haute » fut un slogan utilisé par le Front National lors des élections législatives de 1993, reflétant une posture populiste de déconnexion entre discours et acte. La récente position du RN, qualifiant les juges comme étant de « rouges » et corrupteurs, révèle un raisonnement circulaire qui prête à sourire.

Les déclarations de Marine Le Pen lui reviennent en boomerang, notamment ses positions passées : en 2013, elle exigeait une inéligibilité à vie pour certains détournements, et en 2022, elle proposait la suppression de mesures d’aménagement de peine comme le bracelet électronique. Sur le plan judiciaire et en lien avec le calendrier électoral, le RN, qui appelait auparavant à la célérité de la justice au nom du peuple français, demande désormais un respect strict des délais légaux, Marine Le Pen devenant ainsi une justiciable comme une autre — position qui soulève la question de son traitement particulier, dans une logique populiste.

Il faut aussi noter que Marine Le Pen avait indiqué qu’elle ne ferait pas appel en cassation si elle était condamnée, afin de laisser la place à Jordan Bardella, une promesse qui semble désormais mise à mal. Enfin, la candidate à la présidentielle a réitéré la légendaire rengaine selon laquelle il appartient au peuple français de trancher, comme si les électeurs pouvaient annuler une décision judiciaire.

Quelle que soit l’issue, la campagne électorale est engagée, et Marine Le Pen devrait pouvoir désormais aborder le contenu des débats. Il est souhaitable que le RN n’en détourne pas la substance.

Source: Contrepoints