
Les présidents des médias publics et privés ont été photographiés en début de mois avec la ministre Rianne Letschert (Éducation, Culture et Sciences) et la secrétaire d’État Willemijn Aerdts (Économie Numérique et Souveraineté).
Il s’agissait d’une ‘soirée exceptionnelle’, selon LinkedIn, car les dirigeants des médias et les responsables politiques semblaient unis dans la lutte contre ‘une poignée de géants mondiaux de la technologie’. Ces géants technologiques qui déterminent de plus en plus ce que des millions de Néerlandais sont amenés à voir et entendre, et qui constituent une ‘menace pour notre débat public’. Au nom de la démocratie, les médias et la politique s’engagent dans un combat commun. ‘Pour l’instant.’
Autres intérêts
Une soirée particulière, en effet. Présent, par exemple, le patron de DPG Vlaanderen, qui publie notamment De Volkskrant et possède RTL Pays-Bas. La direction de Mediahuis, éditeur flamand de NRC et De Telegraaf, était également représentée. Il est embarrassant que les employeurs de journalistes, qui sont perçus comme les garants de la démocratie, flirte avec le pouvoir politique détenu par Letschert et Aerdts. Plus encore, il est gênant que ces deux ministres D66 laissent faire.
L’année dernière, lorsque DPG envisageait d’acquérir RTL Pays-Bas, le Commissariat aux médias a averti que cette acquisition renforcerait injustement la position de DPG sur le marché. Or, avec Mediahuis, DPG détient déjà une part de marché majoritaire dans le secteur néerlandais des médias. L’autorité a même avancé que, grâce à RTL, la puissance de DPG dans la région linguistique néerlandaise pourrait dépasser celle des grandes entreprises technologiques.
Aujourd’hui, Letschert et Aerdts collaborent avec DPG contre les géants du numérique. Il n’est pas surprenant que les dirigeants d’une entreprise comme DPG exploitent toutes les opportunités pour protéger leur modèle économique face aux géants technologiques, qui sont eux aussi des entreprises axées sur le profit, et non les grands pourvoyeurs de culture que l’on pourrait considérer depuis l’époque d’Erasme. Cependant, les responsables politiques ont des intérêts différents à défendre.
Quelles sont les règles pour les médias?
L’Autorité de la consommation et du marché (ACM) a approuvé la prise de contrôle de RTL, malgré les objections du Commissariat aux médias. La Hollande ne dispose pas actuellement de règles spécifiques pour la concentration dans le secteur des médias. Cela n’a pas toujours été le cas. Jusqu’en 2011, la ‘Loi temporaire sur la concentration des médias’ régulait, par exemple, les acquisitions de journaux par des éditeurs disposant d’une part de marché inférieure à 35 %.
Le gouvernement de l’époque n’y voyait pas de valeur ajoutée, estimant que des règles de concurrence distinctes pour le secteur médiatique étaient inutiles, et a abrogé la loi. En conséquence, selon le Media Pluralism Monitor, la Hollande appartient aujourd’hui à la traîne en matière de pluralité du marché, à l’instar de pays comme la Hongrie.
Depuis 2024, la Loi européenne sur la liberté médiatique exige que les États membres établissent des règles évaluant les concentrations susceptibles d’influencer la diversité des médias et l’indépendance éditoriale, comme prévu à l’article 22. Le ministère de Letschert travaille actuellement sur une proposition de loi. Espérons que la ministre D66 pourra rapidement se détacher de l’étreinte chaleureuse des géants des médias flamands pour élaborer une législation qui renforcera ’notre débat public’. Pour l’instant.
Source: EW Magazine