En 2025, la France comptait environ 79 millions d’animaux de compagnie, selon la Fédération des fabricants d’aliments pour animaux domestiques, ce qui représente 61 % de la population française. Ces animaux deviennent une composante intégrante de la sphère familiale, incitant les marques à orienter leur communication vers les « parents d’animaux » plutôt que vers les consommateurs traditionnels. La commercialisation d’objets connectés destinés à mesurer la fréquence cardiaque des chiens illustre cette tendance, participant à l’expansion du pet business.

Prada, via son site officiel, propose notamment des produits à des prix s’échelonnant jusqu’à 3 400 euros, démontrant que ce marché touche un segment de luxe, avec des objets non destinés à l’humain mais à leur animal. Ce phénomène n’est pas sans implication : il traduit une transformation profonde des valeurs de consommation, où l’animal de compagnie est intégré dans une logique de désir et de distinction.

L’analyse du marché français et européen du secteur révèle une croissance significative – par exemple, 29,2 milliards d’euros provenant de la seule alimentation animale en Europe – mais aussi une mutation culturelle profonde. Des études en sciences sociales évoquent le concept de pet parenting, où l’investissement émotionnel et financier dans l’animal se rapproche de celui dédié à un enfant, évoluant jusqu’à une reconnaissance juridique dans certains pays.

De plus, la stratégie de dépublicitarisation employée par des marques comme Santévet, qui mise sur l’affect pour bâtir leur légitimité, indique une évolution dans la relation marque-consommateur, où l’attachement au produit devient un moyen d’affirmation identitaire. La prolifération d’accessoires de luxe et de dispositifs « pet tech », tels que colliers connectés et capteurs biométriques, en est une illustration concrète. Ces dispositifs, en collectant et analysant des données sur la santé et le comportement animal, positionnent la marque comme un acteur de responsabilité éthique, tout en repositionnant la relation de consommation autour du soin et du respect.

Enfin, la potentialité d’interaction directe avec les animaux via des technologies conversationnelles ou des dispositifs de décryptage de leur langage constitue une frontière nouvelle, avec des implications aussi bien éthiques que commerciales. La réglementation européenne, bien que protégeant l’animal contre la maltraitance physique, reste silencieuse sur la gestion des données biométriques recueillies par ces nouvelles technologies, soulevant des questions sur la propriété et la gestion des informations.

En somme, le marché des animaux de compagnie, en évolution rapide, reflète et influence profondément les valeurs sociales et les pratiques de consommation, soulignant un déplacement vers une relation affective et éthique renforcée, encadrée par des enjeux technologiques et réglementaires croissants.

The Conversation

Source: Politique + Société